Jean Quatremer : « La Grèce, ce sont les Feux de l’amour de la zone euro »

, par Vive la crise !

« Grèce, la dette de Sisyphe », c’est le titre du dernier article de Jean Quatremer, publié dans Libération le jour où s’ouvrait de nouvelles négociations entre la Grèce et ses créanciers (lundi 20 février). L’occasion pour le correspondant du quotidien à Bruxelles d’accabler une nouvelle fois la Grèce, qui serait, en définitive, la seule responsable de ses propres malheurs.

« La Grèce, ce sont les Feux de l’amour de la zone euro » plaisante Jean Quatremer. Problème : pendant que le correspondant de Libération se paye de bons mots, « des milliers de Grecs et de réfugiés continuent à mourir de maladies non soignées, de drames familiaux et de suicides », si l’on en croit le témoignage, fin 2016, de Yannis Youlountas, réalisateur de plusieurs documentaires sur la Grèce. Un tiers de la population ne dispose d’aucune couverture sociale, et le taux de mortalité infantile a doublé.

Mais de la situation sociale du pays, il ne sera pas question dans l’article de Jean Quatremer. Ce dernier, un brin agacé, liste les questions non réglées, selon lui, depuis 2010 : « Le pays va-t-il faire faillite ? Le Grexit est-il au bout du printemps ? Faut-il restructurer la dette ? L’austérité est-elle le seul avenir des Grecs ? » Il en oublie une : jusqu’à quand l’Union européenne va-t-elle étrangler un peuple ?

Il est vrai qu’il n’est pas venu le jour où Quatremer se permettra de remettre en question les politiques criminelles imposées au peuple grec. En bon factotum et porte-voix des milieux bruxellois, le correspondant de Libération égraine les citations des hauts responsables de l’Union européenne. Dont il partage les points de vue au point de les reprendre à son compte.

Ainsi pour Jean Quatremer, si l’austérité n’a pas marché, c’est qu’on n’a pas frappé assez fort face à un Etat grec « obèse et défaillant, corruption endémique, fraude fiscale généralisée et structures économiques dignes d’un pays sortant du communisme ». Les potions amères ont été administrées en pure perte, se désole-t-il. Sous-entendu : la faute à ces satanés grecs si les bonnes potions amères de l’Union européenne n’ont pas fonctionné.

Bref, y a-t-il lieu d’être surpris ? Indécence, mauvaise foi, et culpabilisation de la Grèce... Jean Quatremer a fait du Jean Quatremer.

Frédéric Lemaire